[Race Report] – Retour sur l’aventure de l’Endurance Trail des Templiers 2017 (100k / 5 200m D+)

« L’important ce n’est pas la destination, c’est le voyage » (Robert Louis Stevenson).

 

Jamais cette citation n’aura pris autant de sens à mes yeux que Vendredi dernier, lors de l’Endurance Trail des Templiers (100,5 kilomètres et 5 000 mètres de dénivelé positif). Si d’habitude, je me suis toujours reconnu dans cette citation lors de la préparation d’un IronMan, où il s’agit de prendre plaisir pendant la préparation vu le caractère éphèmère du jour J par rapport à celle-ci, là c’est bel et bien à la journée de la course même que cette maxime s’applique.

Commençons par le commencement, et comment nous sommes nous retrouvés (Catherine et moi) sur la ligne de départ d’un ultra trail à 4h15 du matin, au milieu de 1 350 concurrents, tous animés par la même passion ?

En fait, tout débute il y a quelques années avec une première participation aux festival des Templiers en 2013, en suivant des amis qui vont participer au grand trail des Templiers (76k). 2013, VO2 pour Catherine, Mona Lisa pour moi. Conquis par l’organisation, les paysages, et par le trail, retour en 2014, tous les deux alignés sur le marathon des Causses. En 2016, décision de s’aligner enfin sur l’épreuve reine du grand trail des Templiers, avec déjà en ligne de mire l’ultra et l’Endurance Trail. Mais seul Catherine participera à cette édition puisqu’une belle chute en vélo en Septembre 2016 me privera de participation. Catherine terminera la course de manière fabuleuse, et je vivrai celle-ci par procuration en la suivant sur tout le parcours en voiture, et en l’accompagnant sur les derniers kilomètres.

2017, enchaînement logique, l’Endurance Trail, ses 100 kilomètres et 5 200 mètres de dénivelés positifs

Par contre, le faire tous les deux implique que nous n’aurons pas d’assistance le long du parcours. A la « roots » comme dit Guillaume et en autonomie, avec uniquement un complément d’alimentation sur les ravitos.

Pas d’appréhension à l’approche de la course, avec l’entrainement et la participation à l’IronMan d’Autriche, l’endurance est là et on se connait bien sur l’effort dans la durée depuis plusieurs années. Pas de préparation spécifique non plus, juste quelques sorties de rando-course en Septembre et une charge sur fatigue importante les jours suivants le NatureMan. 21 heures en une semaine au total dont :

  • Lundi, 6 heures de rando course dans les gorges du Verdon le lendemain du NatureMan en guise de récupération (30 kilomètres et presque 2000 mètres de D+)
  • Mardi, footing à jeun, puis 100 bornes de vélo, avec alternance force/tempo
  • Mercredi, à nouveau 100 bornes de vélo avec 30′ cumulées au seuil, et le réservoir (enfin) vide ! Ouf, une journée de récup le Jeudi avant la suite …

Malgré cette charge, c’est frais et reposés que nous arrivons à Millau Jeudi après-midi pour retirer nos dossards … sous une pluie déluvienne (épisode cévenol oblige 🙁 ) A priori la météo sera clémente pour le lendemain, la pluie devant s’arrêter à 20 heures … J’essaye de convaincre Catherine qui n’est pas du tout aussi optimiste que moi. Faut dire que personnellement, partir passer la journée à faire 100 kilomètres sous la pluie n’est pas quelque chose que j’envisage et dans ces conditions je ne sais pas si j’aurai pris le départ. Je n’ai qu’une envie, me faire plaisir, profiter de cette première expérience et la vivre à fond, et la météo annoncée me semble parfaite pour ça (15° la nuit pour le départ, et jusqu’à 20/23° la journée, ciel nuageux avec éclaircies).

Retour de bonne heure au gite, et préparation des sacs et du matériel pour le lendemain. Dernières hésitations (les SpeedGoat ou les Mafate !!???), sandwiches ou pas, … et tout est bouclé. Vu la météo prévue, départ « léger » coté habillement. Voici la liste de ce que j’emmènerai pour la promenade du lendemain :

  • Sur moi :
    • Chaussures : Hoka OneOne Mafate Speed II. Vu le terrain rendu gras par les averses, je pense qu’elles auront plus d’accroche que les SpeedGoat qui ont pourtant ma préférence au niveau ressenti. J’aurai fait autant de sorties longues avec les unes que les autres donc normalement pas de problèmes
    • Chaussettes : X-Socks Run Speed. Je les préfère aux versions « trail » de la marque
    • Short : Kiwami, avec les rangements batons. Testé et approuvé sur toutes mes sorties. Avec un boxer en sous-vêtement, la doublure interne m’irritant avec la transpiration. Serait parfait avec une doublure interne équivalente à Salomon.
    • Maillot : Salomon S-Lab
    • Batons Leki Micro Trail Pro et les gantelets
  • Dans le sac :
    • Manchettes : Salomon
    • Bonnet : Castelli
    • Gants en soie
    • Buff des Templiers
    • Papier toilette (bien m’en a pris …)
    • Pansements ampoules
    • Couverture de survie
    • BCAA et Salt-Stick (un de chaque par heure)
    • Frontale Petzl NAO + (12 heures d’autonomie, ça devrait suffire)
    • Une seconde paire de chaussettes
    • Tube de NOK Akiléine
    • Topo plastifiée du parcours
    • iPhone chargé (avec tout désactivé hors téléphone : Bluetooth, Wifi, Data), pour faire des photos, passer/recevoir des appels en cas d’urgence
    • 25 (!!) barres PowerBar Energize : à raison de 16h estimée et 1/2 barre toutes les 20′ avec de la marge, ça fait du monde 🙁 Better safe than sorry
    • 1 poche à eau Salomon 1,5 litre + 1 flasque Salomon 0,5 litre : suffisant normalement pour la portion la plus longue (Pierrefiche / Massebiau)
    • Et pour emporter tout ça, un sac Salomon Advanced Skin 5L

Repas de bonne heure (il faudra déjeuner à 3h du mat …) et paradoxalement une nuit courte mais bonne (généralement je dors quasiment pas avant un Ironmann d’où ma surprise).

Réveil à 3h du matin, un smecta, puis petit déjeuner Gatosport/compote comme d’habitude, une douche rapide histoire de se réveiller, et c’est parti pour la ligne de départ à pied. Notre gite est parfaitement situé en centre-ville à 2 kilomètres tout rond du départ, où nous nous rendons en marche rapide/petit trot histoire de se réveiller un peu musculairement. Rien de terrible, l’allure ne devrait pas être rapide sur le départ, même si j’ai prévu de courir à 12k/h environ pour rejoindre le pied de la première difficulté (l’ascension de la bosse de Carbassas), histoire de ne pas être trop bouchonné ensuite. Comme prévu, la météo est clémente et la température agréable (15° !), au point de partir en T-shirt, sans manchettes, ni buff. Quelques photos en rejoignant le site de départ, et rapidement les speakers essayent de faire monter l’ambiance sans trop de succès. Les visages sont assez fermés en majorité, et personnellement, j’ai les genoux qui tremblent un peu quelques minutes avant le départ 🙂 100 bornes … Un seul leitmotiv, se faire plaisir toute la journée et rejoindre la ligne avec Catherine sans chute … Perso, je sais que c’est mon challenge. 15 jours avant, lors de ma dernière « grande » rando-course en nocturne, je me suis vautré comme une m… alors que j’admirais les blaireaux qui s’amusaient dans le champ à coté duquel je passais. Comme j’ai la mauvaise habitude de lever le nez pour regarder autour de moi, une seule consigne : rester concentré sur le chemin et ses pieds, et s’arrêter pour toute autre chose !

Pendant que je me répète ça une n-ième fois, 2′ avant le départ, la musique d’Era raisonne et colle des frissons … à 1′ du départ, tout le monde allume sa frontale (que j’éteindrai ensuite pour ne la rallumer qu’en haut de Carbassas 🙂 ), puis arrive le compte à rebours des 10 dernières secondes, scandées par tout le monde …

C’est parti, et doucement les 1 350 concurrents dont nous sommes, commencent à s’étirer en marchant sur quelques centaines de mètres puis en courant. Je laisse Catherine comme on a décidé de faire la course chacun de notre coté (enfin ça c’était au début …), et je pars tranquille en footing actif entre 4:45 et 5:15 histoire de ne pas taper dans mes réserves de (précieux) glycogène, tout en essayant de pas trop mal me placer pour la suite. Arrivé à la fin de la route, je salue le bénévole en poste. Un deuxième concurrent (avec qui je ferai les 15 premiers kilomètres) fait pareil, mais on est tous les deux surpris d’être les seuls à le faire … les autres sont certainement trop préoccupés par leur performance ou trop absorbés par leur musique (sarcasme …). Première fois que je vois autant de monde courir avec un casque dans les oreilles ! Dommage, et encore heureux que ce n’est pas le cas de tout le monde puisque l’on fera la quasi totalité du parcours en discutant avec d’autres compagnons de voyage au gré des rencontres. La montée sur la bosse commence et moi je commence à doubler 🙂 C’est mon point fort (hérité du vélo je pense ?) et pendant toute la journée, je doublerai du monde dans les montées … pour ensuite voir des trains passer dans les descentes 🙁 Clairement LE POINT FAIBLE !

Je passe le premier point de controle dans les 300 et je m’engage dans le single entre les buis pour déjà redescendre. L’occasion de constater que je suis plutôt à ma place et dans le rythme, n’étant jamais bloqué ni bloquant. Mais ça c’était avant … avant mon premier grand moment de solitude 🙂 Alors que l’on redescend sur le premier ravitaillement à Rivière sur Tarn, je suis pris d’une envie pour le moins pressante 🙁 Mais quand tu es dans un chemin étroit sans aucune échappatoire et avec quelques centaines de personnes devant et derrière pas évident de faire une petite pause technique … Le salut arrive enfin sous la forme d’un chemin sur la gauche dans lequel je m’échappe en sprint. Le concurrent derrière moi me crie que ce n’est pas le bon chemin, mais ça je le sais 🙂 Et en quelques minutes c’est une centaine de frontales qui me passeront sous le nez puisque c’est dans les 400e que je rejoins le ravitaillement situé uniquement quelques centaines de mètres plus loin. Direction les toilettes à nouveau, où je fais un stock de papier toilette (et bien m’en a pris). Et alors que je remplis ma gourde, c’est Catherine que je vois arriver comme une fleur 🙂 En plus l’éffrontée repart devant moi sans attendre que j’ai terminé de remplir ma gourde. Et c’est reparti direction Mostujeouls.

Je double madame, toute contente de son coup, et je reprends à mon rythme, ce qui me fait à nouveau gratter des places et revenir vers les 300. J’oscillerai en permanence entre 400 et 300 au gré des ascensions où je reprend du monde, des portions roulantes où je trotte plutôt bien, des descentes où je me prend des valises (p***** de descentes !) et des pauses techniques (8 en tout !). Ce qui me fera dire qu’à l’arrivée j’avais plus mal aux fesses qu’aux jambes 🙂 Encore heureux, aucun souci à m’alimenter par contre, et c’est au ravitaillement de Saint André de Vezines (63 kilomètres) que Catherine me rejoins. j’avais dès le début programmé de faire un arrêt complet à Saint-André avant d’attaquer la suite et surtout le segment Pierrefiche – Massebiau et ses redoutables 17 kilomètres. Changement de chaussettes, NOK, et repas complet qui font du bien. C’est ici que l’on décide de terminer ensemble avec la puce, en s’attendant à chaque ravitaillement pour passer la ligne ensemble. Le plaisir est toujours là, et pas de fatigue sensible, ou de bobo si ce n’est les cuisses qui commencent à être bien fissurées (p***** de descentes, je l(‘ai déjà dit non !?)

Je repars direction La Roque Sainte Marguerite en prenant mon temps dans la descente (pourtant plutôt roulante). Passage à la Roque et on grimpe à nouveau pour remonter sur le Causse en direction de Pierrefiche. La puce, partie quelques minutes derrière moi de Saint André, me rattrape avant Pierrefiche où l’on se retrouve. A nouveau un petit repas, et l’on repart pour le morceau de résistance, les 17 bornes jusqu’à Massebiau.

Rapidement Catherine et une autre fille me larguent pendant mon n-ième arrêt technique :-(, et je me retrouve à faire tout le chemin avec 2 compagnons de route, eux aussi triathlètes. On fera la causette tout du long, étant parfaitement alignés au niveau perfs. Descentes, on n’en parle pas, cotes montées à un bon rythme et trot tranquille sur le dessus du Causse. Un de mes deux compagnons est hyper pessimiste et a peur de la barrière horaire à Massebiau, où l’on arrivera avant la nuit et avec plusieurs heures d’avance sur celle-ci, même en rampant. On le rassure mais rien n’y fait 🙂 Dernière descente sur Massebiau, nouvelle petite pause pour moi et mes camarades partent devant. Dans la descente, je rattrape une concurrente avec qui nous termineront la course. On discuter trankilou pendant la descente boueuse à souhait à cet endroit, et on franchit enfin la Dourbie pour arriver à Massebiau et son stand de gateaux 😉 La puce qui vient d’arriver aussi m’attends, et le temps de repasser vous savez où (décidémment …), de faire le plein d’eau, on repart à 5 pour la montée finale sur la Cade !

Toujours aucun soucis en montée, même si celle-ci semble ne jamais finir ! Mais une fois revenu sur le Causse, nous croisons rapidement quelques supporters qui annoncent la proximité de la ferme. Au sein du groupe, le sentiment commun est que « nous sommes arrivés » ou presque. On rentre dans la ferme de la Cade à l’ambiance si particulière et nous sommes accueilli par l’odeur du feu de bois qui réchauffe la salle 🙂

Cela, l’ambiance géniale des bénévoles qui officient et le ravitaillement font qu’on va y passer un petit moment, pas 20′ mais plus de 10′ certainement ! On discute, on plaisante, on goute la charcuterie, les fromages, et on se décide enfin à repartir vers l’arrivée, la vraie, sans pression. Personne ne veut risquer une chute maintenant et il n’y a pas d’enjeu de temps. On se dirige donc tranquillement en marchant et en discutant vers la Puncho où il faudra attaquer la descente du Hibou. De temps à autre, une frontale et un concurrent qui passe. On perdra quelques 50 places dans l’histoire, mais on arrive enfin vers l’arrivée après le passage obligé dans la grotte. 17h38 depuis que nous avons franchi la ligne de départ ce matin. Et c’est main dans la main que nous passons la ligne avec Catherine, avec un petit baiser 😉

Beaucoup d’émotions et de plaisir, d’avoir terminé quelque chose d’inimaginable il n’y a que deux ans, de l’avoir fait tous les deux, et de terminer ensemble surtout. Beaucoup de fierté aussi comme l’an passé de voir la puce franchir cette ligne avec son sourire indécrottable, limite en pleine forme !

Le temps de récupérer la médaille, le maillot de finisher, de discuter encore un peu en grignottant, et on laisse (à regret) l’aire d’arrivée pour rejoindre mes beaux-parents qui ont eu la bonne idée … de venir à pied ! Direction le gite et à nouveau 2 kilomètres … soit quasiment 105 au total dans la journée. A quasiment 130 kilomètres, cele restera sans doute très longtemps ma plus grosse semaine de « course à pied » !

On a pris tellement de plaisir que comme pour un IM, le lendemain on songe déjà à rempiler l’an prochain 🙂 Moi sur le grand trail de 76k en essayant de performer un peu (après le 100, ça a l’air facile !), Catherine sur le 100 pour faire mieux  aussi. Avec en 2019, la grosse envie de Catherine, j’ai nommé la diagonale des fous que nous ferions  ensemble, histoire d’avoir le temps de préparer ça correctement.  Et pourquoi pas un jour la Western States 100 qui m’attire plus personnellement 😉

D’ici là, pas mal d’enseignements à venir suite à cette première pour améliorer les choses, coté équipement, alimentation, ou entrainement (histoire de moins subir ces p***** de descentes !)

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.